Interview : Arno, l’inclassable chanteur belge
Arno, l’inclassable chanteur belge nous fait l’honneur d’une visite surprise dans le film d’Yves Matthey, avec Miou-Miou, Petites vacances à Knokke-le-Zoute. Une perle « cartoonesque » et poétique à ne pas manquer
J’ai accepté le rôle parce que j’ai rencontré Yves Matthey et que ça a collé entre nous. Le film se tournait à quelques kilomètres d’Ostende o๠je suis né. Secrètement, je me suis dit que, peut-être, pendant le tournage, je retrouverais une mademoiselle dont j’ai été très amoureux il y a trente ans, comme dans le scénario. Je pense qu’elle était blonde, je me rappelle pas très bien. Je me suis dit comme ça : « Je vais marcher sur la plage et Georgette sera là , au loin » Tu vois l’bazar, dis ? Mais, j’ai pas vu Georgette. Tomber amoureux c’est comme une migraine : ça vient, ça passe.
Etes –vous beaucoup sollicité en tant qu’acteur ?
Je reçois dix scénarios par an. C’est injuste pour les vrais acteurs qui sont au chômage. Je suis un musicien et un chanteur de charme raté. Tu vois l’bazar ? J’ai toujours eu un problème avec les chanteurs qui veulent être acteurs. C’est rare que ça marche. Sauf si tu t’appelles Frank Sinatra ou Jacques Dutronc. Jean Gabin chantait aussi. Par exemple, un mec à qui on me compare souvent, Tom Waits, je le trouve pas bon acteur. C’est un bon musicien mais je me trouve plus beau que lui. Oh ! Qu’est ce que je suis beau, dis, quand je suis tout seul dans ma salle de bain ! (rires) On est moche mais on se marre !
Avez-vous fait appel à un coach ?
Non. Et, il y a un truc que je ne sais pas faire c’est de jouer mon propre rôle. Dans Komma, j’étais un Suédois. Mais, dans J’ai toujours rêvé d’être un gangster, avec Alain Bashung, je devais jouer Arno. Le premier jour de tournage, je savais mon texte par coeur et une minute avant le clap, on nous dit : «On change les dialogues » et comme je ne suis pas acteur, j’étais vraiment dans la m
Petites vacances à Knokke-le-Zout vous a inspiré une chanson ?
Non. Mais, il y a une chanson de mon dernier album, Jus de box, dans le film, Mourir à plusieurs. Je veux nager* aurait été bien aussi.
Vous avez le même genre de coiffeur que Gainsbourg que vous avez peut-être connu
Je me coupe les cheveux moi-même, ça se voit non ? (rires). Mais non, je n’ai pas connu Gaisnbourg. J’ai beaucoup de respect pour lui mais je n’ai jamais écouté sa musique. Je connais une chanson, Elisa, que j’ai chanté avec Jane. Un jour, il y a longtemps, sa fille Kate lui a donné l’idée de faire un duo avec moi pour Taratata. Maintenant, elle est devenue comme ma soeur, dis ! Je l’admire beaucoup, c’est une femme avec des c
Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Comme acteur, j’ai deux films en projet. Mais j’ai aussi fait deux musiques de film. Celle des Barons, avec Edouard Baer, qui sort en septembre et celle du dessin animée Bob et Bobette, qui sort 21 juillet. Et, je travaille sur un nouvel album.
Pouvez-vous nous en parler ?
J’ai déjà trouvé le titre de travail : A man avec un problème. Je suis un vampire, un voyeur. Je regarde autour de moi et, je trouve qu’aujourd’hui l’être humain nage. Mais il ne sait pas o๠aller. Le monde est en train de changer très très vite. Il doit changer. Mais il n’y a pas de direction : Babylon is falling (en anglais dans le texte – ndlr). Mais je reste un optimiste avec de l’expérience ! Et je ne suis pas parfait non plus et je dis toujours : « Si tout le monde était comme moi, on serait vraiment dans la m » (rires)
Les femmes aussi sont une inspiration constante
Oh oui ! Je dis toujours : « Les hommes disent qu’ils savent tout. Mais les femmes comprennent tout.« **
Vous avez constitué un nouveau groupe ?
Oui. Ils viennent de partout : mon batteur est moitié congolais, moitié belge. Mon bassiste est yougoslave. Et, j’ai un nouveau guitariste qu’on a trouvé dans une gare. On ne sait pas trop d’o๠il vient. De Mongolie ou de Russie, peut-être. Il faisait la manche Ils sont tous très jeunes. Ce sera un album encore très différent des autres. Je pense d’ailleurs changer mon nom en Orna, c’est l’inverse d’Arno. Orna et les branleurs, c’est joli non ?
Propos recueillis par Diane Ermel
* (chanson extraite de l’album Charles Ernest)
** (extrait du texte de la chanson Elle a eu dans l’album Charles Ernest)
Bio Express
Arno, de son vrai nom Charles Ernest Hintjens
21 mai 1949 naissance à Ostende
1969 fait ses débuts dans la musique
1972-75 fait partie du groupe Freckle face, puis joue en duo avec Paul Decouter : Tjens Couter qui devient T.C. Matic (titres emblématiques : Elle adore le noir ou Putain, putain)
1986 arrêt de T.C. Matic, Arno sort son 1er album solo : Arno (titre emblématique When the rock)
1988 sortie de Charlatan (reprise du Bon dieu de Jacques Brel)
1992 son nouveau groupe Charles et les Lulus sort Tracks from the story, un album de standards du blues
1993 le label novateur Delabel édite l’album Idiots savants (reprise des Filles du bord de mer d’Adamo)
1994 Arno et les Subrovnicks réalisent Water, unique collaboration de ce groupe
1995 A la française, disque 100 % francophone (titre emblématique Les Yeux de ma mère)
1997 signe la musique du film de Michel Piccoli, Alors voilà
1998 album de reprise de Charles et the White Trash European Blues Connection
1999 A poil commercial (contribution de Craig Armstrong sur le titre Dans mon lit)
2000 compilation de ses 30 ans de carrière (duo avec Stephan Eicher sur Ils ont changé ma chanson)
2002 Charles Ernest, album solo (reprise de Mother Little Helper des Rolling Stones et duo avec Jane Birkin sur Elisa)
2004 French Bazaar (titre emblématique Chic et pas cher) album récompensé par une Victoire de la musique
2006 album hommage : Putain, putain une tribu pour Arno
2007 sort un album trilingue : Jus de box
Mars 2008 rencontre Alain Bashung dans une scène mémorable du film de Samuel Benchetrit, J’ai toujours rêvé d’être un gangster
2009 prépare un nouvel album dont le titre de travail est A Man avec un problème
